dimanche 30 avril 2017

Svetlana GERASIMOVA et Stuart BRITTON, The Rhzev Slaughterhouse. The Red's Army Forgotten 15-Month Campaign Against Army Group Center, 1942-1943, Helion, 2013, 269 p.

Rjev. Le nom reste méconnu, à côté de Léningrad, Stalingrad ou Koursk. Pourtant, sur la partie centrale du front de l'Est, Soviétiques et Allemands s'affrontent ici pendant 15 mois, dans une des batailles les plus sanglantes de la "Grande Guerre Patriotique" : au moins 2 millions de morts côté soviétique, certainement beaucoup, même si moins, côté allemand. Les vétérans soviétiques l'appellent "l'abattoir de Rjev" ou le massacre, les Allemands "la pierre angulaire du front de l'est", voire la "porte de Berlin".

Svetlana Gerasimova a commis un ouvrage majeur sur cette bataille oubliée. Paru en 2007 en Russie, il a été traduit six ans plus tard par le prolifique auteur des éditions Helion, Stuart Britton, spécialisé dans ces travaux de traduction des ouvrages russes, travail fort utile au demeurant pour le lecteur français. A l'heure où elle écrit, la bataille de Rjev n'est toujours pas considérée en Russie comme une bataille à proprement parler, mais plutôt une extension de la bataille de Moscou -qui se terminerait alors en mars 1943... c'est bien le but du propos de convaincre qu'il y a eu une bataille à Rjev, en tant que telle, et pas seulement suite à la contre-offensive soviétique devant Moscou dont l'affrontement ferait alors partie. L'ouvrage est illustrée par des clichés de correspondants de guerre soviétiques ayant opéré à Rjev et par des documents allemands de l'autre côté du front.

La maison de bambou (House of Bamboo) de Samuel Fuller (1955)

1954, Japon. Un train militaire circulant entre Kyoto et Tokyo est attaqué par des bandits. Durant l'assaut, mené comme une opération militaire, un sergent américain est tué, des mitrailleuses et des munitions volées, ainsi que des bombes fumigènes. L'enquête est menée par le capitaine Hanson (Brad Dexter) et l'inspecteur Kita. Quelques semaines plus tard, un nommé Webber est laissé pour mort par ses complices après une autre attaque, après qu'il ait été blessé. A l'hôpital, avant de mourir, il ne révèle rien, sauf qu'il est marié depuis peu à une Japonaise, Mariko (Shirley Yamaguchi) et qu'un ami doit bientôt le rejoindre, Eddie Spanier. Les enquêteurs décident de faire venir le sergent Kenner (Robert Stack) qui joue le rôle de Spanier, afin de retrouver Mariko et de remonter la piste jusqu'à la bande dont faisait partie Weber...


La maison de bambou est un remake de The Street with No Name (1948), avec le même scénariste, Harry Kleiner. C'est le premier film d'Hollywood tourné intégralement au Japon, moins de dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est sans doute pas un des chefs d'oeuvre de Samuel Fuller : celui-ci préfère en effet les décors, avec des plans magnifiques de Tokyo, plutôt que les personnages, pas suffisamment épais, notamment le chef de gang, Robert Ryan (qui a un Walther P38 à chargeur infini-sic), qui aurait mérité mieux. Le film s'attarde trop sur la relation entre Stack (au jeu assez terne ; il a été choisi par défaut, le rôle devait échoir à Gary Cooper, mais celui-ci était trop connu même au Japon) et Yamaguchi. Résultat : une heure de film assez ennuyeuse entre le début, bien lancé, et la fin avec la séquence de tir dans le parc d'attractions. Reste la scène où Ryan abat son adjoint, qui lui fait une crise de jalousie depuis l'arrivée de Stack dans la bande (il y a là une allusion à des relations homosexuelles, ce que le réalisateur ne creuse pas), dans son bain, avant de parler tendrement au cadavre (!).









Enigma (1982) de Jeannot Szwarc

1982. Le KGB planifie l'assassinat de 5 dissidents soviétiques réfugiés dans des pays étrangers pour le jour de Noël. Alex Holbeck (Martin Sheen), lui-même échappé de Berlin-Est et qui officie désormais à Paris pour Radio Europe Libre, est recruté par Bodley (Michael Lonsdale), un agent de la CIA, pour récupérer le brouiller de la machine Enigma que les Soviétiques utilisent pour chiffrer leur message, à Berlin-Est. Holbeck compte retrouver sur place un ancien amour, Karen Reinhardt (Brigitte Fossey) dont le père a été emprisonné pour ses idées anti-soviétiques. Mais une fois arrivé à Berlin-Est, il comprend que ses adversaires l'attendent. Il devra faire face à l'agent soviétique Vasilikov (Sam Neill) et à l'Allemand Kurt Limmer (Derek Jacobi)...

Basé sur un roman (Enigma Sacrifice de Michael Barak), Enigma, film sans prétention, vaut à la fois pour le scénario et le jeu d'acteurs. Le scénario connaît en effet plusieurs rebondissements propres au genre du film d'espionnage, sans compter qu'il n'y pas d'exagération quant à la survie d'un espion dénoncé à ses adversaires dès le départ... la stratégie pour s'emparer du brouiller est également bien menée. Enfin, il y a la présence du trio Martin Sheen-Sam Neill-Brigitte Fossey, chacun campant bien son personnage, en particulier les deux hommes. A côté, des rôles secondaires mais néanmoins efficaces, Michael Lonsdale et Derek Jacobi. Avis aux amateurs.





Jean-Charles BRISARD et Damien MARTINEZ, Zarkaoui. Le nouveau visage d'al-Qaïda, Paris, Fayard, 2005, 340 p.

Zarkaoui. Un nom devenu incontournable dans le djihadisme du XXIème siècle. Les vidéos de propagande militaire de l'EI que j'étudie ici incluent souvent des discours audio de Zarkaoui, voire même des images d'archives le montrant à l'époque d'al-Qaïda en Irak. C'est dire que le personnage compte pour l'Etat Islamique. Et on comprend pourquoi à la lecture de la seule biographie en français sur le sujet, signée en 2005 par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez.

C'est que Zarkaoui, en Irak, s'impose dans le djihad par la force brute et un exclusivisme. Il a longtemps été négligé, à tort : il a profité d'al-Qaïda pour se forger une identité, construire ses réseaux. Un professionnel du terrorisme, un tueur froid qui a appris au contact de cette organisation. Sa logique de violence inspire directement celle de l'EI aujourd'hui.

Le livre se décompose en quatre parties. La première retrace la vie de Zarkawi jusqu'à sa détention dans la prison jordanienne de Suwaqah. Elle fourmille de détails intéressants sur l'enfance, l'adolescence et la jeunesse du personnage, notamment grâce à plusieurs documents jordaniens joints en annexe à la fin du livre. Au sortir de prison, en 1999, Zarkawi est déjà dans une logique binaire : nous et les kuffars, ou tous ceux qui sont contre lui sont à exterminer, musulmans compris. Logique fruste bien éloignée des raffinements d'al-Qaïda.

La deuxième partie évoque le moment entre le retour en Afghanistan et l'arrivée en Irak. Bien qu'il rejoigne formellement al-Qaïda, Zarkaoui va rapidement s'en éloigner en bâtissant son propre camp à Herat, près de l'Iran. C'est d'ailleurs de là qu'il commence à bâtir ses réseaux en Europe (Allemagne et Italie surtout) et une base de repli éventuelle au Kurdistan irakien. Il cherche déjà à frapper son pays natal, la Jordanie, et même Israël : il organise l'assassinat de L. Foley en 2002. Après l'attaque américaine sur l'Afghanistan, il réussit à fuir via l'Iran et trouve refuge pour un temps... en Syrie.

La troisième partie est dédiée à l'époque irakienne de Zarkaoui. On y trouve des chapitres intéressants sur les relations parfois exagérées entre l'Irak de Saddam Hussein et al-Qaïda, l'implantation de la base arrière au Kurdistan, le rôle trouble de l'Iran. Zarkaoui utilise à dessein la stratégie des otages et la mise en scène des exécutions (tenue orange, exécution filmée, égorgement qui lui-même inaugure avec Nicolas Berg, ou autre), pour donner à son groupe une visibilité médiatique et s'imposer sur la scène correspondante. C'est d'ailleurs en attirant les recrues du djihad et en mettant en avant un discours sectaire qui s'en prend aussi bien aux chiites et aux Kurdes qu'aux Américains que Zarkaoui force al-Qaïda à prendre en compte le djihad irakien, qui n'avait pas compté forcément aux yeux de l'organisation, du moins au début. La naissance d'al-Qaïda en en Irak à la fin de 2004 consacre la posture de Zarkaoui.

La dernière partie s'attache aux réseaux de Zarkaoui à l'étranger (les auteurs préfèrent développer ce point plutôt que l'action du groupe en Irak à proprement parler). Les chapitres s'attachent aux cellules en Allemagne et en Italie, à l'emploi des armes chimiques, à la place de Zarqawi dans les attentats de Madrid (même si ici les auteurs font d'Abou Musab al-Suri le leader des Syriens du djihad, ce qui est sans doute un peu exagéré). Un des chapitres les plus instructifs est celui qui montre comment la Syrie de Bachar el-Assad sert de base arrière aux djihadistes : Zarqawi lui-même y a séjourné fin 2001-début 2002, certains de ses hommes y ont même reçu un entraînement militaire. Le tout avec la complicité du régime. La France est déjà concernée par la menace, notamment parce que des filières d'acheminement de combattants vers l'Irak existent dès cette époque.

La conclusion est écrite avec la mort de Zarkaoui en 2006 et celle de Ben Laden en 2011, ce qui est intéressant car la date du livre empêche le regard a posteriori. Les auteurs y soulignent que Zarkaoui tient sa popularité de son rôle de chef de guerre. En définitive, la guerre en Irak a permis à Zarkaoui de prolonger l'oeuvre initiale d'al-Qaïda. Il est intéressant de voir qu'aujourd'hui l'EI, héritier de Zarkaou, affronte al-Qaïda sur le théâtre syro-irakien. L'élève a en quelque sorte dépassé le maître...

Mourir pour Assad 11/ Saraya al-Khorasani

Saraya al-Khorasani fait partie de ces milices composées de chiites irakiens nées en Syrie pour combattre aux côtés du régime syrien. Ce n'est qu'en 2014 que la milice revient en Irak pour affronter ce qui devient l'EI en juin. Dès sa naissance en Syrie, Saraya al-Khorasani se fait remarquer par sa posture pro-iranienne, au point de reprendre pour emblème celui des Pasdarans qui ont probablement constitué l'unité, du moins en Irak. Concentrée sur le théâtre irakien, la milice renvoie toutefois des combattants en Syrie en novembre 2015 et ce au moins jusqu'en avril 2016. Equipée par l'Iran, Saraya al-Khorasani intègre le bloc pro-iranien des milices chiites de la mobilisation populaire chiite (Hashd al-Shabi). Outre son discours pro-iranien, elle se signale par nombre d'exactions, notamment en Irak en 2014, qui la font craindre de beaucoup.

Mourir pour Assad 10/Liwa Fatemiyoun (août-novembre 2016)

Je m'étais arrêté en août 2016 pour le dernier billet à propos de Liwat Fatemiyoun : celui-ci prolonge jusqu'à fin novembre 2016.

D'après un article du Washington Institute for Near East Policy1, les dernières déclarations du dernier commandant adjoint en titre de Liwa Fatemiyoun, Sayyed Hassan Husseini, appelé aussi Sayyed Hakim, chiffrent le contingent afghan à 14 000 hommes, organisé en 3 brigades à Damas, Hama et Alep avec leur propre artillerie, leurs propres blindés et leur propre service de renseignements. Cela entre en contradiction avec la plupart des chiffres qui placent le nombre d'Afghans à 3000, voire un peu plus, entre 5 et 10 000. Les Afghans sont entraînés en Iran, à Qarchak, au sud-ouest de Téhéran, pendant deux à trois semaines. Les Iraniens cherchent à ce que leurs « proxies » en Syrie combattant de la façon la plus indépendante possible. Le Brigadier General Mohammad Ali Falaki, vétéran de la guerre Iran-Irak où il a commandé une brigade mécanisée d'une division d'infanterie, membre des Pasdarans, a servi avec la Fatemiyoun en Syrie. Le premier contingent parti en Syrie aurait été constitué de 25 vétérans de la brigade Abouzar de la guerre Iran-Irak et du corps Mohamed du djihad anti-soviétique en Afghanistan : aucun n'a survécu. Au départ, les Afghans combattent avec les chiites irakiens, notamment Liwa Abou Fadl al-Abbas. Ce n'est que fin 2013 qu'est organisée Liwa Fatemiyoun, qui tire son nom de Fatima, la fille du prophète enterrée à Qoms en Iran2.

Le 11 septembre, Morteza Ataei (Abu-Ali), un cadre de Liwa Fatemiyoun, est tué dans la province de Lattaquié. A la mi-septembre, Liwa Fatemiyoun opère effectivement de concert avec Suqur al-Sahara à Kinsabba, au nord de la province de Lattaquié. Le 21 septembre, une vidéo montre les combattants de Liwa Fatemiyoun déployant leur drapeau sur une mosquée au sud d'Alep. Une vidéo du 30 octobre montre la montée en ligne (probablement à Alep) d'un convoi de la Fatemiyoun : Toyota Land Cruiser avec KPV protégée par un bouclier, une deuxième du même type (sans bouclier, avec le drapeau de la Fatemiyoun) fermant la marche, suivie par une Land Cruiser avec bitube ZU-23, puis une autre Land Cruiser avec KPV/bouclier ; entre les technicals, des véhicules transportant une bonne cinquantaine d'hommes. Début novembre 2016, l'agence iranienne Fars publie des photos de Liwa Fatemiyoun au combat à Alep, manipulant des obusiers D-20 de 152 mm, ce qui confirme que l'unité dispose de sa propre artillerie. On voit aussi que les Afghans sont armés d'un fusil anti-matériel iranien AM-50. Une vidéo de fin octobre montre des Afghans utiliser un LRM Type 63 monté sur véhicule léger iranien Safir. Les Afghans ont aussi un camion avec canon S-60 de 57 mm. Ces derniers documents montrent une unité de la Fatemiyoun sur un autre front (est de la province de Homs, vers Palmyre?). Des images du 11 novembre montrent que les snipers de la Fatemiyoun se servent d'AM-50, de SVD Dragunov et sont aussi formés au tir sur lance-missiles antichars. L'Iran aurait installé un camp de base3 pour ses combattants étrangers à l'est de la montagne Tell Azan (15 km au sud d'Alep) : on sait par exemple que les Irakiens chiites d'Harakat Hezbollah al-Nujaba auraient leur base à Rasm Bakru, juste à l'est de la montagne, à 16 km à l'ouest d'al-Safira. Liwa Fatemiyoun y serait cantonnée aussi de même que le Hezbollah et Liwa al-Quds. A Qom, en Iran, un cimetière entier est dédié aux morts de la Fatemiyoun et de Liwa Zaynabiyoun, son homologue chiite pakistanaise. Le 25 août, 4 tués de la Fatemiyoun sont enterrés en Iran. Le 29 août, deux morts sont enterrés à Mashad. Le 1er septembre, 3 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés en Iran. Le 17 septembre, Ali Ahmad Hosseini, combattant de la Fatemiyoun, est enterré en Iran. Le 22 septembre, Téhéran annonce la mort de 6 combattants de Fatemiyoun. Le 5 octobre, 4 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Qom. Le 20 octobre, un combattant de la Fatemiyoun tué en Syrie est enterré à Mashad, en Iran. Le 2 novembre, 5 Afghans tués à Alep sont enterrés à Qom. Le 10 novembre, 10 combattants de Liwa Fatemiyoun morts en Syrie sont enterrés à Qom, en Iran. Idris Bayati, un enfant-soldat, est enterré à Nadjafabad. Le 15 novembre, 6 combattants de la Fatemiyoun sont déclarés mort à Alep. Le 20 novembre, on annonce le rapatriement de 13 corps de Liwa Fatemiyoun en Iran. Le 30 novembre, lors des combats à Alep-Est, les rebelles syriens capturent un Afghan de Liwa Fatemiyoun ; ce jour-là 7 Afghans sont enterrés à Qom. Au 29 novembre 2016, Ali Alfoneh comptabilise 508 Afghans morts en Syrie depuis septembre 2013, dont 26 rien que pour le mois de novembre 20164.


Mourir pour Assad 9/Sayara Ansar al-Aqeeda


Saraya Ansar al-Aqeeda est une milice chiite irakienne dont le portrait tranche un peu au sein de celles intégrées dans la mobilisation populaire chiite (Hashd-al-Shaabi), désormais placée sous le commandement militaire. Rattachée au Conseil Suprême Islamique Irakien, qui prend plutôt ses distances à l'égard de l'Iran tout en favorisant une ligne religieuse irakienne centrée sur Ali al-Sistani, la milice, par la voix de son chef, met en avant un discours sectaire assez virulent et se montre favorable à l'envoi de combattants en Syrie pour soutenir le régime Assad. Rien d'étonnant à cela, en fait, puisqu'elle est l'expression, à sa naissance, d'un noyau de combattants vétérans du combat en Syrie. Si elle n'est pas parmi les plus imposantes des milices chiites, Saraya Ansar al-Aqeeda se distingue par ses ateliers de fabrication de véhicules blindés improvisés, qui tournent à plein régime.

Mourir pour Assad 7/La Garde Nationaliste Arabe


La Garde Nationaliste Arabe fait partie de l'éventail de milices pro-régime syrien composées de combattants étrangers apparues à partir de 2013 pour soutenir les forces de Bachar el-Assad à bout de souffle, et notamment à courts d'effectifs. Reposant sur une idéologie arabe nationaliste, antisioniste et pro-Palestine, cette formation a mis en ligne 4 bataillons qui sont intervenus depuis 3 ans sur la plupart des fronts importants pour le régime syrien. La milice se démarque par ce discours idéologique, une proximité avec le régime, et des recrues qui viennent pour l'essentiel du Proche et Moyen-Orient.

Mourir pour Assad 6/Liwa Fatemiyoun (mai-août 2016)

En avril dernier, j'avais consacré un long billet à Liwa Fatemiyoun, unité composée d'Afghans chiites, essentiellement des réfugiés en Iran, recrutés par Téhéran pour se battre en Syrie pour le régime Assad. Ce billet fait le point sur ce que l'on sait de l'unité depuis cette date jusqu'à ce jour.

Début mai 2016, les rebelles syriens capturent plusieurs Afghans de la Fatemiyoun lors de combats au nord et au sud-ouest d'Alep. Entre 20 et 30 Afghans tués à Khan Touman sont ensuite enterrés en Iran. Le 13 mai, Amit Sarkisian, un Arménien servant dans la Fatemiyoun, est tué en Syrie. Le 20 mai 2016, 5 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 26 mai 2016, 8 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Mashhad, en Iran.

En juin 2016, des sources font état de la présence de 12 à 14 000 Afghans au sein de la Fatemiyoun en Syrie, en particulier selon les propres déclarations d'Hosseini, commandant adjoint de l'unité tué sur le front de Palmyre ce mois-là. Selon les rebelles syriens, ils seraient 8 0001. Ce même mois, l'Iran ouvre un centre de recrutement à Herat, en Afghanistan, pour Liwa Fatemiyoun. Outre les Afghans chiites, on trouve même le cas d'un sunnite issus des Pachtouns engagé dans la formation2. Fin juin, les Afghans sont présents dans les combats contre les rebelles syriens au sud d'Alep. Un des combattants de la brigade, Ahmad Mekkian, tué au combat, est pris en photo à côté d'un pick-up avec LRM Fajr-1. A Khan Touman, les Afghans avaient probablement des mines directionnelles anti-personnel M18A23. Seyyed Hosseini, commandant adjoint de l'unité, est tué au combat contre l'EI sur le front de Palmyre. Asadollah Ebrahimi, un des commandants de l'unité, est également tué à Alep.
Début juillet, ce serait 28 Afghans de la Fatemiyoun qui auraient péri en Syrie. Abou Azraël, la figure emblématique de la milice chiite Kataib al-Imam Ali, rend visite à la famille d'un des commandants de la Fatemiyoun tué en Syrie en 2015, Tavasoli. En juillet 2016, on apprend aussi que des unités de Liwa Fatemiyoun seraient formées en Iran par le Hezbollah. Liwa Fatemiyoun est bien passée du rang de brigade à celui de division en 2015 : on ne peut que spéculer sur le nombre de combattants présents en Syrie (plus ou moins de 10 000 ?). Pour Amir Toumaj, on peut estimer à au moins 383 le nombre d'Afghans tués en Syrie, pour la plupart enterrés à Qom et Mashhad en Iran. Le Hezbollah aurait formé des Afghans qui eux-mêmes auraient entraîné leurs camarades : il s'agirait d'une unité de forces spéciales rattachée à la Fatemiyoun, formé en particulier au sniping4. Un documentaire de ce même mois montre les Afghans entraînés par le Hezbollah en Syrie. On y voit des snipers opérant sur SVD Dragunov et Sayyad 2. Le 13 juillet, 2 enfants-soldats afghans de 15 et 16 ans sont tués par les rebelles. Le 14 juillet, 10 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 21 juillet, 5 combattants de Liwa Fatemiyoun tués à Alep sont enterrés en Iran. La plupart des Afghans tués en juillet le sont à Mallah au nord d'Alep.

Début août 2016, le commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, rend visite à son tour à la famille de Tavasoli. Pendant l'offensive rebelle menant à la levée du blocus d'Alep, un combarttant de Liwa Fatemiyoun est capturé, avec le drapeau de l'unité. Sadeq Mohammad Zada, un des commandants de Liwa Fatemiyoun, est tué pendant la bataille. Le 9 août, 4 hommes de la Fatemiyoun tombent dans les combats à Alep. Au 12 août, Ali Alfoneh plaçait à 411 au moins le nombre d'Afghans tués en Syrie depuis septembre 2013, dont 12 ce mois-ci. 3 Afghans sont encore tués le 14 août à Alep.

Concernant l'équipement de Liwa Fatemiyoun, il est de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'engagement des Afghans devient de plus en plus massif, qu'il se fait de plus en plus sophistiqué. Les snipers de la formation ont le Sayyad 2/AM 50, copie du fusil anti-matériel Steyr HS. 50 de 12,7 mm. Les fantassins ont parfois des copies du M-4 américain, avec même lance-grenades. L'unité blindée de Liwa Fatemiyoun, au moins de la taille d'une compagnie, aligne plusieurs chars T-72 et plusieurs véhicules blindés BMP-1.


1https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/iran-covertly-recruits-afghan-soldiers-to-fight-in-syria?CMP=Share_iOSApp_Other
2http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2016/0612/Iran-steps-up-recruitment-of-Shiite-mercenaries-for-Syrian-war?cmpid=gigya-tw
3http://armamentresearch.com/iranian-directional-anti-personnel-mines-in-syria/
4http://www.longwarjournal.org/archives/2016/07/lebanese-hezbollah-training-special-afghan-fatemiyoun-forces-for-combat-in-syria.php?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+LongWarJournalSiteWide+%28The+Long+War+Journal+%28Site-Wide%29%29

Mourir pour Assad 3/Liwa Fatemiyoun

L'Iran avait déjà formé, pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), une brigade composée d'Afghans chiites, la brigade Abouzar. En ce qui concerne le conflit syrien, Téhéran a injecté des combattants afghans chiites recrutés parmi les réfugiés hazaras en Syrie puis en Iran dès 2013 voire même fin 2012. L'intervention des Afghans se place donc au moment où l'Iran bat le rappel de ses alliés (Hezbollah, miliciens chiites irakiens) pour soutenir le régime Assad mal en point, notamment au niveau des effectifs. Le premier enterrement d'Afghan tué au combat en Iran est repéré en septembre 2013. Par la suite, en 2014-2015, le recrutement s'accélère et les Afghans sont organisés par la force al-Qods en une véritable unité, Liwa Fatemiyoun (la brigade des Fatimides), qui intervient sur tous les fronts importants du conflit syrien (est de la Ghouta ; Alep ; Deraa ; Hama ; Palmyre ; Lattaquié). Les Afghans, infanterie d'appoint, sont semble-t-il utilisés souvent comme véritable "chair à canon" -leurs pertes en témoignent, tout comme celles de leur encadrement iranien des Pasdarans, d'ailleurs. En 2016, le rôle de la brigade Fatimiyoun reste important : ses détachements sont présents sur tous les points cruciaux pour le régime, à Palmyre, à Alep notamment. Au-delà du conflit syrien, on ne peut que s'interroger sur les motivations de l'Iran quant au devenir de ces milliers de combattants afghans passés par l'enfer du champ de bataille de Syrie, une fois la guerre terminée.

Mourir pour Assad 2/L'organisation Badr en Syrie

L'organisation Badr joue un rôle conséquent dans la survie du régime syrien. C'est l'un des relais les plus anciens de l'Iran en Irak puisque sa présence remonte à Saddam Hussein. Revenu sur le devant de la scène avec l'invasion américaine en 2003, le Badr a su se positionner comme "groupe spécial" iranien dominant en noyautant l'armée et les forces de sécurité irakienne tout en entrant dans le gouvernement de Nouri al-Maliki puis d'Abadi où il occupe des ministères clés. Dès 2012, le Badr s'engage dans le soutien au régime de Damas par l'envoi de combattants. Cette participation est reconnue, comme pour d'autres milices chiites, à l'été 2013. Elle se fait alors plus prononcée. Avec la percée de l'EIIL devenu Etat Islamique, en Irak, en juin 2014, le Badr joue un rôle d'autant plus fort qu'il prend à sa charge la défense d'une province entière (Diyala) par-dessus l'armée. Le groupe reste engagé en Syrie mais renouvelle son effort en 2015 et surtout en novembre-décembre en préparation de l'offensive à Alep coordonnée avec l'intervention russe. Actuellement le Badr a engagé plusieurs de ses unités militaires, et non plus un simple corps expéditionnaire, en Syrie : sa participation est massive et le flot de combattants continu.

Mourir pour Assad 1/Harakat Hezbollah al-Nujaba


Harakat Hezbollah al-Nujaba (HHN), né en 2013, est l'un de ces groupes « paravents » mis en place par les « groupes spéciaux » iraniens en Irak (Asaib Ahl al-Haq surtout), pour fournir au régime syrien une infanterie en nombre suffisant. En effet, l'Iran estime, dans le cadre d'un conflit où le régime ne peut engager qu'une partie limité de l'armée régulière (le reste étant peu sûr politiquement) et n'a qu'une base de recrutement limité, et face à un adversaire qui n'a rien d'une armée régulière, qu'un nombre de combattants suffisants et correctement encadrés peut faire pencher la balance. Les miliciens irakiens aident effectivement le régime à survivre en 2013-2014. Groupe essentiellement militaire, HHN se redéploie en Irak à partir de juin 2014 avec la mobilisation populaire lancée par les autorités religieuses chiites et le Premier Ministre irakien Nouri al-Maliki, pour combattre ce qui devient alors l'Etat Islamique. Dirigé par le sheikh al-Kabi, issu du mouvement sadriste mais rallié au groupe spécial pro-iranien Asaib Ahl al-Haq, HHN utilise une rhétorique très violente contre ses adversaires, l'EI bien sûr, mais aussi les sunnites de manière plus générale. Au printemps 2015, profitant de la stabilisation en Irak, HHN retourne en Syrie. A l'été, il accélère sa campagne de recrutement pour ce théâtre d'opérations afin de sauver le régime syrien qui bénéficie en septembre de l'intervention russe. Depuis, HHN reste très présent en Syrie (notamment à Alep) mais combat également l'EI en Irak. Ce qui n'était qu'un groupe « paravent » d'Asaib Ahl al-Haq devient une milice puissante qui n'hésite pas à menacer l'Arabie Saoudite de représailles après l'exécution du sheikh chiite Nimr en janvier 2016 (et a peut-être mis ses menaces à exécution). HHN est un bon exemple à observer pour suivre la politique de l'Iran sur le théâtre irakien.




Historique


Harakat Hezbollah al-Nujaba fait partie de ces groupes paravents créés par des organisations irakiennes pro-iraniennes (les fameux groupes spéciaux, dont Asaib Ahl al-Haq et Kataib Hezbollah) pour fournir au régime syrien en difficulté, à partir du printemps 2013, des combattants professionnels encadrant des volontaires chiites irakiens1. L'accent est mis par ces groupes sur le volontariat de leurs membres, pour rassembler une communauté chiite irakienne désordonnée : les grands leaders religieux n'ont pas soutenu l'envoi de combattants en Syrie, qui est alors plutôt le fait de groupes parrainés ou très proches de l'Iran. Ce sont ces groupes comme Asaib Ahl al-Haq ou Kataib Hezbollah qui organisent le transfert de combattants de l'Irak à la Syrie. C'est seulement à partir de mars 2013 que ces groupes font la publicité de combattants tués en Syrie, notamment au moment des funérailles au retour des corps en Irak.

Harakat Hezbollah al-Nujaba (HHN) apparaît en juin 2013. Le mouvement naît avec les funérailles de 7 de ses combattants tombés en Syrie et enterrés dans la province irakienne de Maysan. Rapidement, HHN alimente d'autres milices paravents combattant également en Syrie2, comme Liwa Ammar ibn Yasir (LAY). Ce groupe crée sa première page Facebook le 27 mai 2013 et c'est l'une des premières milices chiites nées en Syrie qui combat en dehors de Damas, aux côtés du régime, à Alep. Cette milice a des liens étroits avec Asaib Ahl al-Haq et l'Iran. Bien que combattant à Alep, elle utilise l'argumentaire classique de défense du tombeau de Sayyida Zaynab à Damas. LAY se présente comme une composante d'HHN. LAY, comme HHN, semblent dès 2013 des paravents pour les groupes spéciaux iraniens Asaib Ahl al-Haq (AAH) et Kataib Hezbollah3. LAY est d'ailleurs dirigée par un des fondateurs d'AAH, le Sheikh Akram al-Ka’bi. HHN comprendrait également des hommes des Brigades du Jour Promis, le nouveau nom de l'Armée du Mahdi de Muqtda al-Sadr4. Même situation pour Liwa’a al-Imam al-Hasan al-Mujtaba, une autre milice née en septembre 2013 qui opère dans la banlieue de Damas et qui se rattache à HHN5. Cette milice chiite stationnée l'automne 2013 dans la Ghouta orientale et sur la route menant à l'aéroport de Damas, aurait également été créée par HHN6. A l'inverse, Liwa al-Hamad, une autre milice créée par HHN, reste relativement peu connue en 2013. Cette milice est née semble-t-il en juillet. Le peu de documents mis en ligne à son sujet montre des liens étroits avec AAH7.

En 2014, HHN se redéploie en Irak après la chute de Mossoul prise par l'EIIL au début du mois de juin. Le groupe se déplace ce mois-là à Samarra. Avec ce redéploiement, on constate d'ailleurs que les groupes spéciaux iraniens et leurs organisations « paravents » pour leur participation au conflit syrien du côté du régime sont de plus en plus imbriqués avec l'armée et les forces de sécurité irakiennes8. Akram al-Ka’bi, un ancien de l'Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr qu'il a quitté en 2004 pour rejoindre AAH quelques années plus tard, bâtit sa réputation en tant que commandant militaire, même si l'on peut se demander si la milice HHN lui permettrait de jouer un rôle au sein de la politique de la communauté chiite irakienne9. De fait, AAH a lancé sa branche militaire contre l'EIIL en Irak dès la seconde moitié de 2013 ; après la chute de la province d'Anbar en janvier 2014, le Premier Ministre Nouri al-Maliki se repose sur les milices chiites au lieu des forces armées en déshérence. Celles-ci reçoivent armes et équipement de l'armée irakienne ; celles qui sont en plus proches de l'Iran comme AAH obtiennent des acquisitions supplémentaires de Téhéran10. HHN a déployé en Irak des drones Yasir fournis par les Iraniens11. Le mouvement a un discours très belliqueux en Irak et pas seulement contre l'Etat Islamique : son porte-parole menace le président du Kurdistan irakien, Barzani, accusé de collaborer avec l'EI et les baassistes12.

Début 2015, HHN s'impose comme une des milices chiites les plus puissantes en Irak. Ses combattants sont aussi bien payés que les hommes de l'armée irakienne et parfois mieux équipés, en raison des dons faits par l'armée et les forces de sécurité et de ce qui est fourni par l'Iran13. Avec la stabilisation de la situation en Irak, et alors que l'armée et les forces de sécurité partent à la reconquête de certaines positions au début de l'année 2015, les milices chiites se redéploient de nouveau en Syrie pour soutenir le régime. HHN est de retour dans le secteur d'Alep dès le mois de mars 201514. Dans une interview accordée à Al-Monitor ce même mois, le sheikh al-Kabi reconnaît que ses hommes sont encadrés par des conseillers iraniens et du Hezbollah et que des armes sont fournies par l'Iran. Il reconnaît aussi l'autorité du wyliat al-faqih et se réclame des enseignements de l'Ayatollah Mohammed Sadiq al-Sadr et de l'Ayatollah Ali Khamenei. Comme d'autres groupes pro-iraniens, al-Kabi loue le rôle de l'Iran dans la lutte contre l'EI mais critique violemment l'intervention américaine. La contradiction, difficile à surmonter pour al-Kabi, est que le mouvement sadriste veut placer Nadjaf comme centre chiite, alors que les Iraniens attribuent ce rôle à Qom. Kabi représente bien l'influence à laquelle l'Iran est parvenue en Irak : il combat aujourd'hui en Syrie non pas pour des motifs religieux ou nationalistes, mais comme tremplin de l'Iran. Ce dernier cherche à parrainer des groupes armés plus capables que les forces régulières de défendre le gouvernement et le pays contre les menaces comme l'EI. L'Iran espère évidemment ensuite récolter les bénéfices politiques de cette opération et se placer en position dominante en Irak15. HHN est essentiellement composé de militants irakiens mais la milice a ouvert ses rangs à des citoyens du Bahreïn ou du Koweït. Comme le fait remarquer un analyste, cette milice est plus spécialement dédiée à l'action militaire que d'autres, en raison de son caractère de paravent pour AAH depuis le départ. Elle est ainsi présente sur de nombreux fronts : elle participe à la reprise de Tikrit en attaquant au nord de la ville en mars 2015, elle est également installée devant Samarra en Irak et donc, aussi, en Syrie, aux côtés du régime16. En février 2015, HHN annonce ainsi la mort de 14 combattants lors d'une tentative pour dégager les enclaves chiites de Nubl et Zahra, dans la région d'Alep, assiégées par les rebelles syriens. En avril, al-Kabi reconnaît la mort de 126 hommes en Irak et en Syrie (38 pour cette dernière)17. A partir de juillet, HHN, de concert avec une autre milice chiite née en juin 2014, Kataib al-Imam Ali, accélère sa campagne de recrutement sur les réseaux sociaux pour la guerre en Syrie. HHN a été déployé pour tenter de reprendre la ville de Jisr al-Shughour, une localité de la province d'Idlib tombée entre les mains des rebelles en avril. HHN semble porter moins d'attention à ses 3 subdivisions de 2013 et opère davantage sous son propre étendard en soutien du régime syrien. Son commandant à Alep, Alaa al-Musawi, est tué à Alep le 19 septembre18. Le 26 août, la chaîne de télévision d'HHN annonce que ses hommes combattent dans les provinces de Hama, Alep, et Lattaquié ; le lendemain est également annoncée la mort de 5 combattants. L'engagement de cette milice chiite irakienne jusque dans la province de Lattaquié, bastion du régime, montre l'érosion des forces loyales à Bachar el-Assad. Ce renouveau de l'engagement des milices parrainées par l'Iran a pu se faire en concertation avec la Russie, qui intervient en septembre plus directement pour soutenir un régime à bout de souffle. Les combattants recrutés en juillet et en août ont subi un entraînement d'un mois en Iran ou au Liban. Il semblerait par ailleurs que les groupes spéciaux iraniens, les plus anciens historiquement, se réservent désormais davantage pour l'Irak (même si Kataib Hezbollah a fait la publicité d'un déploiement en Syrie en septembre-octobre) alors que les organisations « paravents » créées à cet effet dès 2013 s'impliquent davantage dans la mobilisation pour la Syrie, comme HHN19. En septembre 2015, HHN développe une campagne de recrutement pour la Syrie qui cible les chiites du Pakistan20. En octobre 2015, sur le front d'Alep, les combattants d'HHN reçoivent la visite de Qasseim Soleimani, le chef de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution iraniens, en pointe pour organiser et entraîner des milices chiites en Irak comme en Syrie21. Cette visite fait suite à un redéploiement des combattants d'HHN de la province de Lattaquié vers le sud-est d'Alep, en même temps que l'arrivée dans le même secteur d'un fort contingent du groupe spécial Kataib Hezbollah22. En novembre, al-Kabi en personne vient superviser l'opération visant à dégager les enclaves chiites de Fuaa et Kafriyah dans la province d'Idlib23.

En janvier 2016, HNN menace l'Arabie Saoudite de représailles sur son sol après l'exécution du sheikh chiite Nimr. L'attaque à la roquette contre l'ambassade saoudienne en Irak est attribuée par certains à HNN. Le 7 janvier, HHN organise une manifestation en l'honneur du sheikh Nimr.


Propagande


HHN dispose d'un site Internet24, d'une page Facebook25 où sont publiés de nombreux documents (communiqués, photos, vidéos...), d'un compte Twitter26 et d'une chaîne Youtube27. Cette dernière n'est plus alimentée depuis 7 mois environ : à la place, c'est la chaîne Youtube de la chaîne satellite d'HHN qui a pris le relais28. D'autres chaînes Youtube associées relie aussi des vidéos sur HHN.

Un tour d'horizons des documents les plus récents (décembre 2015-janvier 2016) confirment les attendus par rapport à HHN que l'on a pu voir dans l'historique de la formation.

Le 7 janvier 2016, un chant interprété par deux membres de HHN, Mustafa Kanani et Mushtaq Zebra, permet de voir plusieurs véhicules de la police aux mains de la milice dont l'un modifié pour embarquer une mitrailleuse DSHK et une mitrailleuse PK simultanément. Le 6 janvier 2016, une vidéo montre le sheikh al-Kabi se rendant en pèlerinage à Nadjaf, lieu saint pour les chiites. La vidéo du 26 décembre 2015 montre al-Kabi au front parmi ses hommes et met aussi en avant les lieux saints du chiisme, dont Nadjaf. Le 24 décembre 2015, une vidéo montre al-Kabi en visite au QG de l'armée irakienne à Samarra, front sur lequel sa milice est présente. Le 5 décembre, un montage met en scène un chanteur de HHN, Ali Zohr, sur fond d'images rappelant la bataille de Kerbala, la mort d'Hussein et d'Abbas. Cette même exaltation se retrouve sur une autre vidéo du 28 novembre. Dans une autre vidéo postée le 1er décembre, al-Kabi prononce le sermon de la prière du vendredi devant ses hommes, quelque part en Syrie. Sermon très violent où il s'en prend en particulier aux sunnites.

Sur la page Facebook, HHN met parfois en ligne des cartes de ses opérations, comme celle du 4 janvier 2016 montrant le front près de Samarra, en Irak.

Les photos à thème militaire sont également nombreuses au vu de l'importante activité du groupe en Syrie comme en Irak. Le 5 janvier, une photo montre ainsi un groupe d'une dizaine d'hommes, dont deux ont un drapeau de la milice sur le dos, armés d'AK-47 et de RPG-7. Sur une autre photo postée le même jour, on voit un combattant sans visage tenir un M-16 à la main devant une mitrailleuse lourde M2HB de 12,7 mm. Les symboles chiites sont également très présents comme sur cette autre photo du 5 janvier où l'on aperçoit un drapeau avec la figure d'Abbas. Sur une autre photo on voit un milicien armé d'un fusil de sniper SVD Dragunov, portant sur la manche droite l'emblème de la milice. Le 18 décembre 2015, une photo montre le canon bitube de 23 mm monté sur M1117 que l'on voit régulièrement dans les vidéos du groupe (voir ci-dessous). Le 21 décembre, on peut voir le technical armé du même canon déjà observé en Syrie. Le 22 décembre, un cliché montre un lance-roquettes artisanal en train d'être approvisionné par un milicien. Le 23 décembre, une photo montre un combattant servant un lance-missiles antichar Metis. Un autre combattant pose à côté d'un cadavre de rebelle syrien. Sur une photo du 24 décembre, on voit un véhicule léger Safir armé d'un canon sans recul, probablement un B10 de 82 mm ou un M40 de 106 mm. Le même jour, des miliciens sont pris en photo en train de tendre un drapeau de la milice sur un char T-55 probablement fourni par le régime syrien. Un autre char T-55 du régime syrien est également visible sur une photo du 28 décembre. Dans une photo du 29 décembre, probablement prise en Irak, les combattants de HHN opèrent avec des Humvees de couleur sombre (police/forces spéciales irakiennes). Sur un cliché du 3 janvier, 15 hommes sont devant un char du régime syrien. Le même jour, un homme est pris en photo derrière un T-72, tenant une affiche où sont représentés de grands dignitaires chiites.

HHN met aussi en valeur ses morts avec ces images de funérailles régulièrement reprises, commele 5 janvier. Un des « martyrs » de la milice, Khaldoun Heydar Ahmed, est honoré par un poster mis en ligne le 26 décembre. Le 30 décembre, un défilé dans la rue, probablement en Irak, met en avant 5 « martyrs » dont les panneaux sont portés par des miliciens.

La symbolique est également très importante : le drapeau du groupe est omniprésent, comme sur cette photo postée le 24 décembre. Le message de bonne année 2016 du groupe montre un combattant sans visage armé à la fois d'une AK-47 et d'un M-16. Le drapeau apparaît encore seul sur une photo du 2 janvier 2016 ou sur une autre du 3 janvier.

Les photos mettent également l'accent sur al-Kabi, le chef de HHN, comme le 6 janvier lorsqu'il est en visite à Nadjaf. Le 2 janvier 2016, une photo le présente avc l'emblème du groupe et une autre seul. Le 22 décembre, un montage l'associe à Mohammad Sadeq al-Sadr, le père de Moqtada al-Sadr, assassiné par Saddam Hussein en 1999 et figure du mouvement sadriste chiite. Le 24 décembre, on voit al-Kabi aux côtés notamment d'Abou Mahdi al-Muhandis, figure historique des groupes spéciaux iraniens en Irak, qui a dirigé Kataib Hezbollah et se trouve maintenant à la tête des fameux Comités de Mobilisation Populaire. Un autre poster du 25 décembre montre al-Kabi les mains jointes en prière et derrière lui, Qasseim Soleimani, le chef de la force al-Qods, dans la même posture. Soleimani apparaît d'ailleurs en photo, seul, le même jour.

Ces derniers jours, HHN s'est beaucoup servi de la figure du sheikh Nimr, exécuté par l'Arabie Saoudite, exécution pour laquelle le groupe a appelé à des représailles contre l'Arabie Saoudite. Le sheikh apparaît sur un poster du 3 janvier.


Opérations militaires, tactiques et équipement


HHN a une stratégie de communication sur ses opérations militaires. La propagande via la chaîne satellite s'est améliorée dans sa réalisation. On retrouve les caractéristiques traditionnelles des milices chiites : chants de guerre avec combattants et véhicules, exaltation des grandes figures comme Abbas et des grandes batailles comme Kerbala... HHN fait régulièrement du remploi d'images dans ces vidéos mais n'hésite pas, il faut le souligner, à montrer que ses combattants interviennent en dehors de Damas en Syrie pourla défense du sanctuaire de Zaynab. On peut également remarquer que les effectifs,à chaque fois, sont nombreux : plusieurs dizaines d'hommes au moins, parfois plus de 50. Cela s'explique facilement si l'on songe qu'HHN est issu d'AAH, groupe spécial iranien probablement le plus important avec l'organisation Badr ; le vivier de recrutement est donc consistant en Irak. Le groupe possède ses propres véhicules, parfois des technicals bricolés par lui, parfois récupérés sur les forces de sécurité irakienne, parfois prêtés par le régime syrien.

Un montage vidéo mis en ligne le 26 décembre 2015 par la chaîne TV de HHN montre la milice en opérations en Irak et en Syrie (les images souvent souvent mélangées). Des escouades opèrent avec l'armement individuel et collectif classique sur le théâtre : AK-47, mitrailleuses PK, lance-roquettes RPG-7. Les combattants de cette milice opèrent en formation plus nombreuses que d'autres : les images montrent souvent plusieurs dizaines d'hommes simultanément, soit au moins l'effectif d'une section. Comme souvent chez les miliciens chiites, de nombreux combattants arborent le fanion du groupe dans le dos. HHN dispose dans cette vidéo d'un véhicule blindé M1117 de la police fédérale armé d'un canon bitube ZU-23 de 23 mm protégé par un bouclier. On voit également un lance-roquettes IRAM monté sur pick-up à deux tubes faire feu. HHN utilise aussi un mortier de 82 mm et un autre de 120 mm. Un canon ZU-23 bitube est aussi monté à l'arrière d'un pick-up. Un autre de ces montages apparaît aussi avec un pick-up blindé de manière artisanale, comme a pu le faire la milice chiite Kataib Imam al-Ali (véhicule de couleur sombre). Un véhicule léger iranien Safir avec canon sans recul de 106 mm apparaît également dans la vidéo, ainsi qu'un autre équipé d'un canon sans recul B-10 de 82 mm. Les combattants utilisent aussi une DSHK de 12,7 mm sur affût au sol et une autre montée sur véhicule blindé Reva qui équipe la police fédérale irakienne (acheté à l'Irak auprès de l'Afrique du Sud). HHN a aussi un véhicule léger Safir armé d'un LRM Type 63 de 107 mm.

Une autre vidéo publiée le même jour (26 décembre) mixe des images de combat tournées en Irak et en Syrie. On y aperçoit notamment un T-72 du régime syrien avec protection de grillage artisanal qui opère avec la milice. Al-Kabi fait embrasser par les miliciens le Coran et le porte à leur front, dans la tradition chiite. On voit aussi un véhicule blindé BMP-1 du régime opérant avec la milice. Un des hommes est équipé d'un Sayyad-2, copie iranienne d'un fusil de sniping lourd autrichien de 12,7 mm, le Hs. 50. HHN aligne aussi un technical avec un bitube AA KPV de 14,5 mm. On aperçoit également un char T-62 peut-être manoeuvré par les miliciens d'HHN. Il y a aussi un technical avec mitrailleuse DSHK et un autre char T-72 qui cette fois semble piloté par des hommes du régime syrien. A la fin de la vidéo, on retrouve les images irakiennes avec bitube ZU-23 sur technical ou M1117 et tir d'IRAM.

Le 22 décembre, un reportage avec correspondant de guerre conduit le spectateur dans les monts Makhoul, au nord-est de Baiji, en Irak, où HNN combat l'Etat Islamique. On retrouve le M1117 avec bitube ZU-23 affublé de symboles chiites dont un portrait d'Ali ou Abbas. Le 19 décembre, un autre reportage du même genre -essentiellement des interviews de combattants ou de commandants- a lieu dans la province d'Anbar. Le 13 décembre, un reporter nous emmène dans Baiji libérée par les milices chiites et l'armée irakienne.

Le 7 décembre, une vidéo présente les opérations d'HNN aux côtés du régime syrien dans la région d'Alep. Plusieurs dizaines d'hommes au moins sont transportés de nuit par camions et pick-up. Les miliciens sont appuyés par une colonne blindée du régime syrien : 3 chars T-72 et 3 BMP-1. Ils disposent quant à eux d'un technical avec DSHK, d'un autre avec canon bitube ZU-23, d'une batterie de mortiers et d'un pick-up montant un LRM Type 63 de 107 mm. Les miliciens précèdent les véhicules dans un village, avec leurs technicals. Il est clair qu'ils servent d'infanterie pour accompagner les chars et les véhicules blindés, le régime n'ayant visiblement pas d'autres hommes disponibles. Une fois le village nettoyé (on ne voit pas les combats ; un corps est visible seulement), les chars y entrent et ouvrent le feu sur l'objectif suivant. Quand une poche de résistance est rencontrée, les miliciens font venir leurs technicals. Ils ont également un mortier léger de 50 mm.

Le 5 décembre, une vidéo montre les hommes de HHN en action dans le district industriel de Sheikh Najjar, au nord-est d'Alep. Les miliciens sont nombreux : au moins une cinquantaine. Ils ont avec eux le pick-up équipé d'une IRAM bitube. Là encore, ils servent d'infanterie pour les véhicules blindés syriens : 2 BMP-1, 2 chars T-72 (dont un avec protection de grillage artisanale) et un bulldozer blindé. Ils ont avec eux leur technical à ZU-23 bitube. Les miliciens gagnent leurs positions : ils doivent creuser un trou au marteau dans un mur clôturant une propriété agricole. Puis ils s'installent dans un bâtiment en passant par un trou dans le mur. La caméra s'attarde sur certains qui font leurs prières. Les miliciens ont avec eux en appui un char T-62 avec grillages de protection.

Le 2 décembre, une vidéo montre les miliciens après la libération d'Al-Hadher, une localité située à 35 km au sud-est d'Alep. On aperçoit dans la vidéo Qasseim Soleimani, le chef de la force al-Qods. Al-Hadher est tombée entre les mains du régime le 12 novembre, ce qui montre qu'il y a un délai de 15 jours avant la publication de la vidéo environ. Quant à la visite de Soleimani, elle remonte au mois d'octobre : il s'agit donc d'images anciennes. Dans cette vidéo les miliciens sont appuyés par un char T-72 et un char T-62 du régime semble-t-il. Un reportage du 21 novembre montre HHN au combat dans les monts Makhoul. Les miliciens sont transportés par pick-up dont 2 sont des véhicules de la police irakienne (l'un embarque un canon KPV de 14,5 mm). On voit un tireur PK et un autre au SVD Dragunov. Le 19 novembre, une vidéo montre un violent combat urbain dans la région d'Alep. Les miliciens sont appuyés par un char T-72. L'un d'entre eux porte l'écusson de l'armée irakienne sur la manche gauche.

jeudi 27 avril 2017

Mourir pour le califat 86/Et Dieu et son messager ont dit la vérité-Wilayat al-Raqqah

Titre : Et Dieu et son messager ont dit la vérité.

Durée : 22 minutes 46 secondes.

Lieu(x) : Raqqa et sa périphérie. Combats près de Tabqa (kamikaze français à l'est de la ville), sur le canal au nord du barrage de Tabqa (un tir de missile antichar de la séquence 3, séquence 8).
 
Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne le 22 avril 2017.

Kamikaze français de la séquence 1 = 5 avril 2017.
Combats de la séquence 2 = correspondent à un reportage photo du 2 avril 2017.
2 frappes de drones armés de la séquence 3 = reportage photo du 3 avril 2017.
Une partie des combats de la séquence 6 = reportage photo du 5 mars 2017.
Lance-roquettes improvisé de la séquence 6 = vidéo du 13 février 2017.

Type de vidéo : vidéo de défense agressive de l'EI autour de Tabqa.

Découpage (séquences) :

1 : 15''-4'37'', introduction, VBIED.
2 : 4'37''-6'06, combats.
3 : 6'06''-10'02, tirs de missiles antichars et frappes de drones armés.
4 : 10'02''-12'54'', propagande.
5 : 12'54''-15'59'', camp d'entraînement Sheikh Abu Muhamad Al Furqan.
6 : 15'59''-18'06'', combats (est de la wilayat).
7 : 18'06''-19'22'', exécution de 4 prisonniers.
8 : 19'22''-22'46'', combats dans une tempête de sable.

mercredi 26 avril 2017

Mourir pour le califat 85/La guerre enregistrée-Wilayat Falloujah

Titre : La guerre enregistrée.

Durée : 22 minutes 57 secondes.

Lieu(x) : Falloujah.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne le 19 avril 2017. Les images sont des archives parfois anciennes, seules les dernières images de la séquence 4 semblent plus récentes (2016?).

Type de vidéo : c'est une vidéo de propagande, la wilayat fait l'historique de son évolution depuis l'occupation américaine.

Découpage (séquences) :

1 : 14''-1'09'', introduction.
2 : 1'09''-12'24'', historique de l'organisation djihadiste dans la wilayat.
3 : 12'24''-15'46'', historique de la wilayat à partir de décembre 2013.
4 : 15'46''-22'57'', combats et propagande.